Créer son entreprise en Algérie quand on vit en France : les étapes à connaître avant d’investir
Créer son entreprise en Algérie quand on vit en France : les étapes à connaître avant d’investir
Par Marc MAUCO — Fondateur de Cercle-DZ, entrepreneur et spécialiste de l’écosystème entrepreneurial algérien.

Chaque semaine, je rencontre des membres de la diaspora qui me disent :
« Je voudrais entreprendre en Algérie, mais je ne sais pas par où commencer. »
C’est probablement l’une des principales difficultés rencontrées par les Algériens vivant en France qui souhaitent développer une activité de l’autre côté de la Méditerranée.
L’envie existe.
L’idée existe parfois.
Les compétences sont là.
Le capital peut même être disponible.
Mais entre l’intention et la création réelle d’une entreprise, beaucoup se perdent dans les questions administratives, le financement, les interlocuteurs et les informations contradictoires.
Pourtant, il existe aujourd’hui un parcours beaucoup plus structuré qu’on ne l’imagine.
Lors d’un Rendez-vous organisé par Cercle-DZ, j’ai souhaité donner la parole à Anissa Hassen, directrice d’un Centre de Développement de l’Entrepreneuriat, afin d’expliquer concrètement à la diaspora comment fonctionnent le CDE et la NESDA.
Le premier enseignement est fondamental :
être installé en France ne signifie pas être exclu des dispositifs d’accompagnement algériens.
La diaspora peut commencer certaines démarches à distance et dispose notamment d’un accès au CDE en ligne.
Mais il existe une condition préalable à tout le reste : avoir un véritable projet.
Ne commencez jamais par demander : « Combien puis-je obtenir ? »
Lorsque quelqu’un me parle d’un projet en Algérie et commence immédiatement par me demander combien il peut obtenir de financement, je considère que nous commençons la réflexion dans le mauvais ordre.
La première question devrait être :
« Existe-t-il réellement un marché pour ce que je veux proposer ? »
Un financement ne transforme pas une mauvaise idée en bonne entreprise.
Il peut même accélérer un échec.
Le parcours CDE/NESDA présenté lors de notre rencontre repose justement sur une logique différente de celle souvent associée aux anciens dispositifs : formation, étude du projet, validation de la viabilité puis financement éventuel. MASTERCLASS CERCLE NESDA
C’est une évolution importante.
Car, comme je l’ai rappelé pendant le live :
« On ne naît pas entrepreneur, on le devient. »
Une idée française n’est pas forcément un business algérien
C’est probablement le conseil que je répète le plus souvent aux porteurs de projets de la diaspora.
Vous avez découvert un concept intéressant à Paris ?
Vous avez vu un service fonctionner à Lyon ?
Une technologie marche très bien en Europe ?
Très bien.
Mais cela ne signifie pas que le même modèle fonctionnera en Algérie.
Pendant notre rencontre, Anissa Hassen a elle-même insisté sur l’importance d’adapter le projet aux réalités du marché algérien et de réaliser une véritable étude de marché.
Les clients ne sont pas les mêmes.
Les prix ne sont pas les mêmes.
Les fournisseurs ne sont pas les mêmes.
Les habitudes de consommation peuvent être différentes.
Le premier travail d’un entrepreneur de la diaspora consiste donc à désapprendre l’idée selon laquelle il suffit de transposer un modèle français en Algérie.
Le CDE peut devenir votre première étape
Le Centre de Développement de l’Entrepreneuriat permet de structurer le projet avant le financement.
La formation présentée lors de notre masterclass dure dix jours et aborde les fondamentaux nécessaires à la construction du projet. Une attestation est ensuite nécessaire dans le parcours NESDA exposé pendant la rencontre.
Mais pour la diaspora, le point particulièrement intéressant est ailleurs :
la formation peut commencer en ligne.
Vous pouvez donc être installé en France et commencer à avancer avant même votre prochain déplacement en Algérie. MASTERCLASS CERCLE NESDA
À mes yeux, c’est exactement le type d'information que nous devons davantage faire circuler au sein de la diaspora.
Vos années de travail en France peuvent devenir un avantage
Un autre point important concerne l’expérience.
La compétence dans le domaine du projet fait partie des critères présentés pendant la masterclass.
Cela signifie que vos années de carrière en France ne constituent pas seulement une ligne sur votre CV.
Elles peuvent devenir un actif dans votre projet algérien.
Vous avez travaillé dix ans dans le bâtiment ?
Vous connaissez la restauration ?
Vous êtes ingénieur ?
Professionnel de santé ?
Informaticien ?
Consultant ?
Logisticien ?
Votre expérience peut vous permettre de mieux comprendre votre métier que quelqu’un qui se lance uniquement parce qu’un secteur lui paraît rentable.
Et c’est précisément ce que devrait rechercher un dispositif de financement : des entrepreneurs capables de faire quelque chose de l’argent qui leur est confié.
Construisez votre projet avant de construire votre dossier
Je distingue toujours deux choses.
Le dossier administratif.
Et le projet entrepreneurial.
Un dossier peut être parfaitement rempli et correspondre à une entreprise sans avenir.
À l’inverse, un excellent entrepreneur peut échouer devant une commission parce qu’il a mal préparé son dossier.
Il faut donc travailler les deux.
Étude de marché.
Business model.
Prévisions financières.
Devis.
Fournisseurs.
Local.
Ressources humaines.
Trésorerie.
Implantation.
La commission évoquée pendant la masterclass examine précisément la viabilité économique et les montants demandés. Le réalisme des devis est un point déterminant.
Le financement NESDA n’est pas de « l’argent gratuit »
C’est un point sur lequel il faut être extrêmement clair.
Le dispositif de financement présenté lors de notre Rendez-vous prévoit un apport du porteur de projet ainsi qu’une participation bancaire et NESDA.
Selon le schéma expliqué :
5 % ou 15 % d’apport personnel selon le profil,
70 % de participation bancaire,
et 25 % ou 15 % de complément NESDA.
Le prêt a été présenté comme étant à 0 % d’intérêt via le dispositif NESDA, avec remboursement sur la durée évoquée pendant la session. MASTERCLASS CERCLE NESDA
Mais zéro intérêt ne signifie pas zéro responsabilité.
Il faut rembourser.
Il faut vendre.
Il faut générer du chiffre d’affaires.
Il faut payer les salariés.
Il faut gérer la trésorerie.
Et surtout il faut construire une entreprise capable de survivre lorsque les avantages du démarrage disparaissent.
L’argent ne vous est pas remis pour faire ce que vous voulez
Le dispositif présenté prévoit que les paiements passent par les fournisseurs, avec contrôle des équipements. MASTERCLASS CERCLE NESDA
Personnellement, je considère cette logique saine.
Elle oblige le porteur à réfléchir avant de demander.
De quelles machines ai-je réellement besoin ?
Puis-je commencer plus petit ?
Ai-je besoin d’acheter ou puis-je louer ?
Puis-je sous-traiter certaines fonctions ?
Dois-je vraiment recruter dix personnes dès le lancement ?
Toutes ces questions sont des questions d’entrepreneur.
Et elles comptent beaucoup plus que le montant maximal qu’un organisme peut accepter de financer.
La diaspora doit apprendre à utiliser son réseau
C’est probablement ici que Cercle-DZ peut apporter le plus.
Un organisme public peut vous expliquer un dispositif.
Une banque peut participer à un financement.
Un CDE peut vous former.
Mais ils ne peuvent pas construire votre réseau professionnel à votre place.
Ils ne vont pas nécessairement trouver votre fournisseur.
Votre futur associé.
Votre premier client.
Votre expert métier.
Votre partenaire local.
C’est précisément pour cette raison que j’ai créé Cercle-DZ.
Nous devons transformer la diaspora algérienne en réseau d’action.
Un membre vivant en France et voulant investir à Oran doit pouvoir rencontrer quelqu’un qui connaît le marché.
Un entrepreneur parisien souhaitant développer une activité agricole doit pouvoir échanger avec des professionnels du terrain.
Un investisseur doit pouvoir identifier les bons experts.
Un porteur de projet doit pouvoir bénéficier de l'expérience de ceux qui sont déjà passés par les mêmes étapes.
C’est exactement cela, un réseau utile.
Choisir son implantation comme un entrepreneur, pas comme un vacancier
Une autre erreur fréquente consiste à choisir sa ville uniquement en fonction de ses attaches personnelles.
« Ma famille est à Alger, donc je vais créer à Alger. »
Ce raisonnement peut être humainement logique.
Économiquement, il ne l’est pas toujours.
Votre entreprise doit être implantée là où les conditions sont les plus favorables à son activité.
Proximité des matières premières.
Foncier.
Main-d’œuvre.
Clients.
Logistique.
Loyers.
Avantages éventuels.
La masterclass a justement montré que l’implantation influence le parcours administratif et peut également jouer sur certains dispositifs ou avantages territoriaux. L’antenne NESDA qui suit le projet dépend notamment de la wilaya d’implantation.
Préparez votre retour terrain avant de prendre une décision
Vous pouvez commencer votre projet depuis la France.
Mais vous ne devez pas construire votre entreprise uniquement depuis la France.
À un moment, il faut aller sur le terrain.
Visiter.
Rencontrer.
Comparer.
Questionner.
Tester.
Obtenir des devis.
Observer les clients.
Comprendre les usages.
C’est cette confrontation entre votre vision et la réalité qui permettra de déterminer si vous avez véritablement une opportunité.
C’est aussi la philosophie que je défends dans mes accompagnements autour de l’entrepreneuriat et de l’investissement en Algérie :
moins de fantasmes, davantage de terrain.
Le parcours que je recommande à la diaspora
Si vous vivez aujourd’hui en France avec un projet pour l’Algérie, je recommande cet ordre :
1. Définissez précisément le problème que vous allez résoudre.
Pas votre produit. Le problème du client.
2. Étudiez le marché algérien.
Pas le marché français.
3. Vérifiez vos compétences et votre légitimité pour porter ce projet.
4. Découvrez le parcours CDE et commencez la formation lorsqu’elle correspond à votre situation.
5. Faites plusieurs séjours terrain si nécessaire.
6. Identifiez vos fournisseurs et partenaires.
7. Construisez votre business plan sur des données algériennes.
8. Choisissez la bonne implantation.
9. Étudiez les dispositifs de financement seulement lorsque vous connaissez réellement votre besoin.
10. Préparez votre passage en commission comme un rendez-vous avec des investisseurs.
11. Anticipez votre stratégie commerciale avant même l’ouverture.
12. Entourez-vous.
C’est probablement ce dernier point qui fait le plus souvent la différence.
Cercle-DZ : connecter la diaspora au terrain
À travers Cercle-DZ, notre ambition est de devenir un point de connexion entre les Algériens du monde, les experts, les entrepreneurs, les investisseurs et les opportunités existantes en Algérie.
Les Rendez-vous Cercle-DZ avec des intervenants comme Anissa Hassen participent à cette démarche : rendre une information complexe accessible et permettre à la diaspora de poser directement ses questions aux personnes qui connaissent le dispositif.
Mais nous voulons aller plus loin.
Informer.
Former.
Connecter.
Mettre en relation.
Permettre à un porteur de projet vivant en France de trouver les personnes capables de l’aider à avancer en Algérie.
Parce que le plus grand problème de la diaspora n’est pas toujours l’absence de possibilités.
C’est parfois simplement de ne pas savoir qu’elles existent.
Entreprendre en Algérie depuis la France est possible.
Mais cela demande de sortir de deux extrêmes.
Le premier consiste à penser que tout est impossible en Algérie.
Le second consiste à croire que tout est facile parce que des aides ou des financements existent.
La réalité entrepreneuriale est entre les deux.
Il existe des opportunités.
Il existe des dispositifs.
Il existe des financements.
Il existe des experts.
Mais c’est à vous de construire une entreprise viable.
Votre expérience française peut être une force.
Votre connaissance de l’Algérie peut être une force.
Votre réseau peut être une force.
À condition de transformer ces ressources en projet concret.
Et c’est précisément ce que nous voulons favoriser avec Cercle-DZ : faire passer la diaspora de l’envie d’entreprendre à l’action.
Marc MAUCO
Fondateur de Cercle-DZEntrepreneuriat et investissement en Algérie
Les informations réglementaires et financières mentionnées proviennent de la Masterclass Cercle-DZ consacrée au CDE et à la NESDA. Les dispositifs pouvant évoluer, toute décision doit être précédée d’une vérification des conditions officielles applicables au moment du projet.
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